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CARACTERISTIQUES
PRINCIPALES
Rade de Salamine, 15 Novembre 1916 A l'automne 1916, l'Amirauté décidait de renvoyer le vénérable cuirassé Suffren vers l'Arsenal de Lorient où l'on devait soit procéder à sa remise en état, soit le désarmer. Non pas que le navire fut devenu vieux, il avait 15 ans mais entre temps, il était devenu totalement obsolète avec l'apparition des cuirassés de type "Dreadnough". De surcroit, deux années de guerre, une collision avec un vapeur et le séjour qu'il venait d'effectuer dans la zone de combats des Dardanelles l'avaient considérablement éprouvé et pour ne rien arranger, sa machine fatiguée ne lui permettait plus qu'une vitesse maximale de 12 noeuds. Le vieux cuirassé était devenu un infirme. C'est ainsi que le 15 Novembre, sous le commandement du Capitaine de Vaisseau Rodolphe Guépin, il a repris la mer depuis Salamine en direction de Bizerte où il doit charbonner. Il y arrive le 18 au matin et mouille en rade où l'attendent déjà les chalands noirs chargés de charbon. Corvée de briquettes ! Elle va durer toute la journée... Le monstre repu en a englouti 700 tonnes dans ses soutes. Le lendemain Dimanche, la bordée de repos est autorisée à descendre à terre ; certains en profitent pour écrire et poster une carte à leurs familles. 20 Novembre, le Suffren reprend la mer vers Gibraltar. Le temps est exécrable, la mer déchaînée et le vent en furie. La traversée est difficile pour le vieux cuirassé qui souffre dans la tempête. Nombre de messages d'alerte au sous-marin sont captés mais aucun ne croise sa route et il vient s'amarrer sur un coffre au pied du célèbre rocher. Une nouvelle fois, corvée de briquettes ! Les chaufferies du cuirassé sont des dévoreuses de charbon. Deux torpilleurs français sont également sur rade et leurs commandants passent saluer le Commandant Guépin. On s'étonne même d'apprendre que le cuirassé va prendre la route de Lorient sans escorte. Guépin le premier s'en est alarmé dès le départ de Salamine, mais il n'y a pas d'escorteurs disponibles. C'est donc en solitaire que le cuirassé va remonter le long du Portugal, arrondir l'Espagne puis viser Lorient à travers le Golfe de Gascogne. Une traversée d'une centaine d'heures à la vitesse à laquelle se déplace le vétéran, dans une zone où les sous-marins ne sont pas rares. A 15 heures ce 24 Novembre, le Suffren largue le coffre et met le cap à l'ouest pour sortir du Détroit. Ils sont 648 hommes à bord, 648 marins dont les pensées se tournent désormais vers la Bretagne...
Vendredi 24 Novembre, le Suffren quitte Gibraltar, ce sera l'ultime cliché du navire. Base Navale d'Heligoland, 15 Novembre 1916 A des milliers de kilomètres de Salamine tandis que le Suffren appareille, ce même jour, le sous-marin U 52 commandé par le Kapitänleutnant Hans Walther, un officier de 33 ans, prend la mer lui aussi. Son ordre de mission prévoit qu'il devra contourner la Grande Bretagne par le Nord puis descendre vers les Canaries où l'on espère rencontrer des vapeurs alliés venus charbonner dans ces îles. Ensuite, à la discrétion de son Commandant, l'U 52 devra se rendre en Méditerranée pour rejoindre la base de Cattaro. Neuf jours plus tard, dans le Golfe de Gascogne, il engage le combat au canon avec un vapeur armé anglais mais ce dernier parvient à s'échapper. Poursuivant sa descente vers le sud, le 26 novembre au matin, l'U 52 se trouve au large de Lisbonne. Ouvrons le journal de bord du sous-marin à cette date :
Journal de bord (KTB) du sous marin U 52.
Ce cuirassé qui vient de couler quasi instantanément sous l'effet de la seule torpille lancée par l'U 52 est en effet le Suffren. Il n'a pas eu le temps d'émettre le moindre signal de détresse, pas eu le temps pour sauver un seul des hommes qu'il portait. A Lorient, des jours durant on attendra vainement son arrivée... Un mois plus tard, un communiqué laconique repris dans la presse, signalera que le Suffren qui était porté manquant est considéré comme perdu avec tout son équipage. (L'Illustration du 30.12.1916). L'U 52 atteindra Cattaro le 24 décembre au terme d'une patrouille de 6385 milles en 39 jours. En dehors du Suffren, il n'a coulé qu'un seul vapeur ainsi que le trois-mâts français Emma Laurans.
Henri JULOU, Capitaine d'Armes disparu avec le cuirassé Un ouvrage recommandé : « L’Agonie du SUFFREN », Pierre BÉARN, Nouvelles Éditions Latines, Avril 1937. et un lien vers le forum Histoire 14-18 dans le fil consacré au Suffren avec de nombre d'informations, notamment la liste d'équipage.
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